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Partage d’expérience : les jeunes en rue

Comment accompagner au mieux les enfants des rues en errance ?

Constats, partage d’expérience d’ici et d’ailleurs et perspectives. L’après-midi du 25 juin fut chargée en discussions autour de la question de l’accompagnement des jeunes en rue. L’objectif ? Améliorer la coordination et le suivi des enfants des rues en errance. 

Cette actualité est basée sur les interventions lors du webinaire du 25/06/2021 à propos de l’intervention sociale au contact des enfants des rues en errance.

 

Ils sont jeunes et se trouvent en Région de Bruxelles-Capitale. Les problématiques auxquelles ils sont confrontés sont interpellantes. Pourtant, ils demandent peu d’aide. Grâce à sa position d’observatrice, la travailleuse de rue de DIOGENES en charge de l’exploration a identifié un groupe MENA (Mineurs Étrangers Non-Accompagnés) qui mériterait une attention plus spécifique et coordonnée. Comment soutenir ces jeunes au mieux ? C’est la question à laquelle nous avons commencé à répondre aux côtés d’SOS Jeunes, de Framtidstaget, de Médecins du Monde, de Macadam, de Modus Vivendi - le Pilier, des Éducateurs de rue de Saint-Gilles et du service prévention de la commune d’Anderlecht lors du webinaire du 25 juin dernier : “l’intervention sociale au contact des enfants des rues en errance”. On vous livre un résumé des débats ci-dessous...

 

De qui parle-t-on ? 

 

Note : les descriptions de profils ci-dessous sont généralisées en vue de faciliter la discussion, mais il va de soi que chaque jeune est à considérer dans sa propre individualité.

 

À Bruxelles, les acteurs de terrain rencontrent plusieurs types de MENA. Les discussions du 25 juin dernier portaient spécifiquement sur un groupe composé essentiellement de jeunes d’origine maghrébine (Maroc, Algérie, Tunisie), qui restent à Bruxelles ou se dirigent vers d’autres pays européens.

Ces jeunes, masculins pour la plupart, sont très mobiles. Ils ont déjà un long parcours de vie en rue et en errance dû à leur migration (via l’Espagne et la France ou via l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne) et continuent à se déplacer vers d’autres grandes villes en Belgique ou ailleurs en Europe. Ce passé les a aussi amenés à adopter des mécanismes de survie en rue et à développer des liens forts avec d’autres membres du groupe.

Outre une vie en rue rythmée de violences, les MENA en rue sont confrontés à de nombreuses problématiques : là où les plus jeunes (10-15 ans) expriment des demandes liées à des besoins primaires (nourriture, vêtements, douches, soins urgents...), les 15-18 ans sont en quête d’information à propos de l’accès à l’Aide Médicale Urgente (AMU), au travail légal, à l’hébergement, à la scolarité, à l’apprentissage des langues… Les problématiques et besoins identifiés en rue sont les suivants :

  • L’hébergement : puisqu’ils souhaitent rester en groupe et que ces groupes sont hétérogènes (certains sont majeurs, d’autres mineurs), il est difficile de trouver un lieu adapté, qui leur permette de rester ensemble. De plus, le logement est souvent assorti de règles, que les jeunes fuient. 
  • La consommation : chaque produit est utilisé pour son effet. Effacer le trauma de son parcours, survivre en rue, avoir un sentiment d'euphorie, d'adrénaline… Les enfants des rues dont on parle n’ont - en général - pas conscience d’être sous l’emprise d’un produit et le sevrage est difficilement accessible aux mineurs.
  • La conduite à risque plus largement : ils se mettent constamment en danger (bagarres avec armes, scarifications, drogues, etc.) et poussent les limites de leur corps pour combler la carence affective et psychologique.
  • Le statut de séjour et l’accès aux droits : ces  jeunes sont en situation irrégulière sur le territoire belge, ce qui rend l’enseignement, les soins ou encore le travail difficile d’accès. Après 18 ans, ils perdent aussi l’accompagnement du service des tutelles (cfr. ci-dessous). 
  • L’accès à l’information, aux institutions et services, aux soins : quelles sont les institutions et services à qui ils peuvent faire appel - aussi bien les services généralistes que spécifiques -, comment peuvent-ils être accompagnés (définition et droits des MENA, procédures, étapes…) ?
  • La prise en charge dès l’arrivée : elle devrait être spécialisée d'abord en rue, et ensuite dans divers autres services d'intégration des MENA dans la société (santé, hébergement, éducation, séjour…).
  • La prise en charge d’une continuité de soins
  • Scolarité, formation, activités ludiques : la barrière de la langue et l'illettrisme font parfois obstacle à l’accompagnement. Des supports de communication adaptés à leur égard est, dès lors, nécessaires dans un premier temps. Ceux-ci devraient être complétés par les formations adéquates, et des activités plus ludiques. 

Nadia Violain, qui a surtout accompagné les jeunes en rue en provenance du Maroc, note aussi que les enfants des rues en errance ont fui leur famille de classe populaire. Cette dernière reste leur principale préoccupation lors de leur parcours en rue. En revanche, ils rejettent tout ce qui représente l’institution et fuguent souvent des centres ou des familles où ils sont accueillis. 

Que prévoit le système belge aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, en Belgique, un jeune en rue qui souhaite bénéficier d’une aide étatique doit d’abord se faire signaler au Service des Tutelles (trajet classique). Il se présente au dispatiching de Fedasil (aux heures d'ouverture) où, après radio des poumons et vaccination, selon les places disponibles, un COO (centre de première phase - Centre d'Orientation et d'Observation) lui est assigné. En dehors des heures d'ouvertures, le Service des Tutelles a dans l'obligation de lui trouver un hébergement (en COO si les critères de vulnérabilité sont applicables, ailleurs sinon). Le jeune parcourt souvent le trajet seul jusqu’au centre, et ce dernier est parfois loin.

Le jeune reste près d’un mois dans ce centre, le temps de décider du centre de deuxième phase qui lui convient le mieux (et selon les places). Si un doute sur l’âge est émis, un test d’âge prouvant l’identité est réalisé. S’il est déclaré mineur, il continue effectivement son parcours vers le centre de deuxième phase. C’est là qu’un tuteur lui est attribué et que le jeune peut commencer à aller à l’école. Le tuteur est son représentant légal, veille à son bien-être, l’aide administrativement, et peut travailler la solution durable avec le jeune s’il ne fait pas de demande d’asile.

En 2020, 30% des MENA d’origine maghrébine ont un tuteur et ce pourcentage chute pour les 15-18 ans, ce qui montre que ce système n’est pas assez efficace. De plus, souvent le jeune ne sait pas qu’il a un tuteur.

Lorsque le jeune atteint les 18 ans, il n’a plus de tuteur. Son accompagnement en tant que MENA s’arrête et son avenir est flou. Ce manque de perspectives est aussi une conséquence de son mode de vie, au jour le jour. Dès lors, le tutorat ne devrait-il pas évoluer pour le rendre plus efficace et pour que les jeunes jeunes aient réellement l’envie de garder le contact ? 

Comment peut-on intervenir sur le terrain ?

Les jeunes en rue ont de nombreux besoins, exprimés ou non. Mais leur accompagnement est complexe pour plusieurs raisons : manque de coordination entre les acteurs d’aide à ce public, difficulté à accepter la frustration, besoin de solutions et de réponses rapides, rejet des règles, etc. Le webinaire du 25 juin dernier a mis en lumière des bonnes pratiques dans l’accompagnement de ce public.

Avant toute chose, il convient de répondre aux besoins primaires des jeunes rencontrés en rue. Ensuite, il est nécessaire de réaliser un diagnostic afin de réellement comprendre sa situation et le contexte : qui sont ces jeunes, comment et pourquoi sont-ils là, que se passe-t-il au niveau institutionnel, juridique, social, médical… ? Sur base de son expérience, Nadia Violain témoigne de l’efficacité de l’accompagnement basé sur un lien solide avec le jeune, jusqu’à intégrer le groupe. Il est important de garder le lien, même quand il quitte le pays, de le suivre dans sa mobilité, de rencontrer sa famille dans son pays d’origine lorsque c’est possible, etc. La régularité, la flexibilité et la disponibilité sont importantes. La relation de confiance est la clé d’un accompagnement qui persiste dans le temps.

Ensuite, les travailleurs qui rencontrent les jeunes en rue doivent être formés autour de thématiques spécifiques afin de pouvoir apporter une réponse rapide : quels sont leurs droits, quelles sont les procédures d’accueil, comment fonctionne la tutelle, quelles sont les aides pour les jeunes souffrant de problèmes de santé mentale ou qui consomment… ? Cela implique de bien connaître les services existants. Par exemple, Modus Vivendi - Le Pilier,  travaille à la réduction des risques : l’association prodigue les outils nécessaires à la diminution des dommages que la prise d’une substance peut engendrer sur le psychique et le physique du jeune.

De même, des cours de langues aux travailleurs pourraient éviter la nécessité de passer par un interprète et donc les mauvaises compréhensions ou l’indisponibilité auprès du jeune. Similairement, les équipes d’accompagnement pourraient être renforcées par des personnes parlant les langues des enfants des rues en errance. 

Enfin, une plus grande concertation est nécessaire afin de construire un réseau autour du jeune. En effet, il est essentiel que les jeunes puissent identifier des personnes ressources, ce qui est troublant lorsqu’il y a une multitude d’acteurs.

Quelles solutions pour une meilleure coordination ? 

Un accompagnement concerté pourrait être facilité grâce à des outils tels que :

  • des cartes ou listes d’organisations et de contacts utiles pour l’aide aux jeunes en rue, telles que help in brussels de Bruss'help, le bon plan de l’asbl DUNE, etc. Le travail en réseau est crucial pour coupler les expertises (MENA, soins, toxicomanie, santé mentale…). Reste à discuter de la coordination de ce réseau, dans le respect du secret professionnel et dans le strict intérêt du jeune en rue. En juillet, le centre Macadam ouvrira également ses portes en vue d’accueillir les moins de 26 ans à Bruxelles. Sa vision intersectorielle doit permettre aux jeunes d’avoir une porte d’entrée vers d’autres services d’aide et d’accompagnement ;
  • le SharePoint du projet A way Home dans lesquels sont engagés Minor Ndako et 57 autres participants (associations de terrain, institutions et représentants politiques). Cet outil a pour objectif de réunir tous les acteurs qui travaillent avec les adolescents sans-abri ou en risque de le devenir, dans le but de créer des synergies et d’augmenter l’impact positif de l’aide ;
  • des temps d’échange pour partager les difficultés de terrain, les bonnes pratiques, etc.

En définitive, le webinaire à propos de l’intervention sociale au contact des enfants des rues en errance a mêlé réalités de terrain et pistes d’action pour le futur. Nous avons identifié les profils et problématiques des jeunes en question, mais il nous faudrait encore creuser de nombreux thèmes afin de parfaire leur accompagnement. Merci à l’ensemble des participants pour leurs apports et leurs retours, et aux intervenants pour le partage de leurs expériences ! 

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