Travail de rue avec
les personnes sans-abri
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Polonais

Parmi les personnes sans-abri avec lesquelles nous travaillons, les personnes d’origine polonaise constituent un groupe important qui concentre diverses problématiques spécifiques.

Afin d'offrir nos services à cette partie de notre public (25% des personnes avec lesquelles nous travaillons), DIOGÈNES a fait le choix d'engager une travailleuse de rue belgo-polonaise. Un autre membre de l’équipe a, quant à lui, suivi un cours de langue polonaise de quatre années au CLT à Leuven.

Ces engagements et compétences nous permettent de nous adresser dans leur propre langue aux habitants de la rue polonais. Ce qui est d'autant plus important que la plupart d'entre eux n'ont qu'une faible maîtrise du français et du néerlandais, les langues couramment pratiquées à Bruxelles. Cela complique d'ailleurs fortement leur accès aux droits, à l'aide et aux soins ainsi que la recherche d'un travail (même non déclaré) ou, plus généralement, leur intégration dans la société belge (le réseau social en rue se limite souvent à la seule communauté polonaise).

Le premier but de la migration des personnes polonaises est de trouver du travail pour améliorer leur situation par rapport à la vie en Pologne. Elle concerne surtout les hommes isolés, âgés en moyenne de 40 à 50 ans. La majorité provient de la région nord-est de la Pologne (Bialystok) où le taux de chômage est très élevé et à partir de laquelle le transport pour la Belgique est très facile.

Lors de nos interventions, nous avons identifié certaines problématiques caractéristiques de cette population:

1) travail en noir dans la construction, sans diplômes spécifiques. Certains ont des accidents de travail, qui peuvent être source d'une dégradation de la situation sociale et économique et mener, in fine, à la rue.

2) consommation d’alcool fort (Ravini, Wodka, …), en grande quantité. Pour certains, l’objectif de la journée est de trouver l’argent nécessaire pour survivre et s’acheter de l’alcool. Le mode de vie est axé sur le présent. L’alcool peut engendrer de la violence dans le groupe et différents autres problèmes: vol ou perte de leurs affaires, altération des facultés mentales et psychiques, problèmes de santé, troubles de la mémoire, etc.

3) importance du groupe: la notion de groupe est importante ainsi que le rôle des anciens qui aiguillent et soutiennent les nouveaux. Le sentiment d’appartenance est primordial, il donne de la sécurité et remplit les besoins relationnels. Cependant, si le groupe permet une certaine forme de protection, il peut également être source de diverses tensions. En ce qui concerne le travail social, la relation de confiance est plus difficile à mettre en place avec un groupe qu'avec un individu isolé.

4) problèmes médicaux variés: souvent liés aux conséquences de la consommation d’alcool (Korsakoff, épilepsies, …) ou de la vie en rue (malnutrition, exposition aux virus, blessures et plaies ouvertes, …).

5) situation juridique et administrative complexe. La plupart des habitants de la rue polonais sont irréguliers le territoire belge. Un grand nombre est “de facto” sans papiers (ont perdu leur carte d’identité polonaise). Mais dans chaque groupe, il y a des personnes pour lesquelles des ouvertures de droits sont encore possibles en Belgique. 

6) peu ou pas d’utilisation des services d'aide. Hormis les services gratuits de première ligne : La Fontaine, quelques restaurants sociaux, les urgences des hôpitaux, ... Plutôt que de fréquenter les centres d'hébergement d’urgence, la majorité de ces personnes vit en rue ou en squat.

Les personnes en situation irrégulière sur notre territoire sont confrontées à un cercle vicieux: sans argent, il n’y a pas de possiblité d'accéder à un logement sur le marché locatif; sans logement, pas d'adresse officielle; sans adresse officielle, on ne peut pas s’inscrire à la commune, première étape pour régulariser un séjour; sans documents officiels (perte et vol), on ne peut pas trouver du travail; sans travail, pas d'argent; ... Si l'on ajoute les problèmes liés à la consommation d'alcool et les problèmes de santé, il devient très compliqué pour les habitants de la rue polonais de trouver des portes de sorties. Le seul droit ouvert à ces personnes consiste en l'Aide Médicale Urgente (AMU). Or, même celle-ci n'est pas facile à obtenir; les démarches en amont s'avèrent souvent multiples et complexes. Par ailleurs, l'AMU ne couvre pas une série de soins bien nécessaires tels que, par exemple, la post-cure en cas de sevrage alcoolique.

L'équipe de DIOGÈNES, par l'entremise, entre autres, de ses travailleurs parlant polonais soutient et accompagne les habitants de la rue de cette communauté dans leurs démarches d'ouverture de droits et d'accès à l'aide et aux soins. À cette fin, nous développons de multiples collaborations avec quelques acteurs-clés: Consulat polonais (délivrance de passeport, ...), Poverello (séjour en maison d'accueil et accès au logement), Barka (retour volontaire en Pologne dans une communauté de vie), travailleurs de rue de la commune de St Gilles, La Fontaine (soins de base et hygiène), les hôpitaux Iris (cure de désintoxication, ...)